09.09.2027 – Dix ans après

10 septembre 2026 0 Par Héloïse

Je suis devant le cabinet d’avocat. Sur le trottoir d’en face. Terrorisée. J’ai des gargouillis dans le ventre et l’impression de devoir aller aux toilettes rapidement alors que je n’ai rien avalé depuis hier. Mon bas ventre me pèse. Pas d’excitation, pas de stress. Mais bien de peur. J’ai la poitrine compressée dans un étau.

Je me suis faite super bonne. J’ai les cheveux détachés mais coiffés style « wavy » et j’ai la petite robe noire que je portais la toute dernière fois qu’on s’est vus, le 09 septembre 2017.

Je me suis même maquillée. C’était un risque à prendre mais je l’ai quand même fait. À mon avis, tout est déjà en train de couler à cause de la sueur qui dévale mes tempes et s’agglutine sur mes joues. J’ai chaud, bordel.

Je suis complètement prostrée sur ce trottoir. Les gens passent sans me voir. Ils ne prêtent aucune attention à toutes les émotions et les sensations qui me traversent en ce moment même. Pourtant je suis une boule de nerfs. Tendue. Je suis sûre que si quelqu’un me percute je suis capable de rester immobile comme un lampadaire.

Soudain une pensée me heurte. Et s’il sort du cabinet ? S’ il a un rendez-vous et qu’il s’en va ?

Cette réflexion me donne l’entrain de faire un pas. Puis deux. Oh mon dieu. J’y vais. Je traverse la route. Heureusement qu’il n’y a pas de circulation car j’ai l’impression que mon corps a court-circuité. Il a fait péter un fusible, et mon cerveau s’est éteint : je n’ai pas regardé en traversant.

Je me suis tourné des centaines de films avant d’arriver ici, devant la porte du Cabinet Terrot et associés. Je sais pertinemment que rien ne va se passer comme prévu. Ça ne se passe jamais comme prévu.

Je rentre sans frapper et j’arrive dans un hall. Sur ma droite un comptoir avec une jeune réceptionniste. Jusqu’ici tout va bien.

Pour tout vous dire ma scène imaginaire préférée était qu’il n’y aurait personne en ce jeudi après-midi. Que la secrétaire aurait pris mon message et que j’aurais opéré un demi-tour, bredouille.

J’aimais aussi celle où je m’avance vers le comptoir sans assurance en demandant :

-Bonjour, je voudrais savoir si Monsieur Antoine Campet est bien ici ? 

-Bonjour. Oui bien sûr, vous avez rendez-vous ?

-Euh non… je suis juste une connaissance mais j’aurais une demande à lui faire. 

-Très bien Madame, il est dans son bureau, c’est la troisième porte à gauche.

Je me serais rendue à son bureau le cœur battant à tout rompre et il aurait, je pense, été content d’être assis.

Mais non. Mon karma a décidé de me mettre face à mes responsabilités dès le pas de la porte. Il est là, de dos et accoudé au comptoir, en pleine conversation avec la secrétaire. Et elle est jeune, comme dans mon imaginaire.

Il se tourne vers moi et ne s’attend pas clairement pas à me voir, moi. Ça se lit sur ses yeux qui s’arrondissent. Il est cloué. Sur le cul. Complètement abasourdi de me voir. Mais il ne sourit pas. Il aurait été content d’être assis.

Moi, j’ai le feu aux joues. Et les perles de sueur qui s’écoulent encore de mon front ne l’éteignent pas.

Je fais un pas mais m’arrête aussitôt. J’ai les jambes qui tremblent. Si je continue je m’effondre. Il faut que ça se passe bien sinon je crois que je peux tomber dans les pommes.

-Je dois te parler. J’ai… je… un livre. Je souffle. Grimace. Belle entrée en matière, Héloïse. Je me reprends et clame un peu plus fort: Je veux dire… j’ai écrit un livre.