Rêveries

10 septembre 2026 0 Par Héloïse

J’attends dans les coulisses du plateau, stressée. J’entends mon prénom et mon nom, c’est mon tour. Je dois y aller. Alors je ne pense plus à rien et entre dans ma bulle de concentration. Mon cerveau me dit de souffler doucement mais mon corps retient ma respiration. Mince, j’ai déjà un point de côté. Je descends les marches en faisant bien attention de ne pas me casser la figure. Je manque vraiment d’assurance avec des talons. Encore quelques pas qui me semblent maladroits et je m’installe sur le tabouret. Je suis rouge, je le sens. Le sourire est plus que crispé, je vais avoir des courbatures à la mâchoire demain, c’est sûr. Je ne sais pas où mettre mes mains, comme d’habitude. On avait répété pourtant. Le présentateur de l’émission le voit. Il lance une petite remarque pour tenter de détendre l’atmosphère.

-Bonsoir Héloïse ! Vous allez bien ? Un peu intimidée on dirait…

-Ca va bien, merci. Complètement intimidée ! Hahaha.

Je ris un peu trop fort. Ressaisis-toi.

-C’est vrai, c’est étrange d’être là. J’ajoute. D’habitude je suis spectatrice, devant ma télévision.

-Oui c’est toujours impressionnant la première fois. Donc vous êtes là pour nous parler de votre livre…

Mon fils gigote et me fait sortir de ma rêverie. Je tente de l’endormir depuis dix bonnes minutes. Il est sur le ventre, sur mon ventre. Une bouillotte humaine. Mon t-shirt est trempé de lait, je voudrais le changer mais il faudrait que le bébé s’endorme complètement… Si je bouge, je sais qu’il va se réveiller et pleurer. Mon fils dort sur moi. Quelle beauté.

Alors j’attends, et je rêvasse. Je rêve de ma carrière d’autrice imaginaire.

Qu’est-ce que je pourrais écrire comme livre ? Un roman autobiographique ? Un recueil de lettres jamais écrites ? Jamais envoyées ? Jamais lues ? Cela me paraît fou d’écrire un livre. Fou. Long. Impossible.

Je saisis mon téléphone sur l’accoudoir du canapé pour la quinzième fois de la journée. C’est mon seul passe-temps du moment. Je fais défiler des photos et des vidéos de personnes que je ne connais pas. Incroyable ce qu’on peut se distraire avec un pouce. Machinalement, une fois sur la page d’accueil d’Insta, je jette un coup d’œil sur les premières photos qui apparaissent. Oh ! Un chien. Je reconnais ce chien. Je l’ai vu sur plusieurs photos déjà.

Je sais à qui il appartient, ce chien. A chaque fois que je vois une de ses publications, j’ai un pincement dans la poitrine. A chaque fois je me demande : Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce qu’il devient ? Comment serait ma vie si j’avais pris l’autre chemin ? Et si j’avais répondu ça, ou ça ? Et si j’avais donné des nouvelles tout simplement ? Où en serais-je ?

A quoi ressemble cette vie parallèle que je ne vis pas ? Voilà l’histoire dont je veux parler.